16Jan 120

Le prix du pétrole brut égale les records de 2008 !

Calculé en euros, le cours du brut a rejoint les records 2008. Le prix baril de Brent de la mer du Nord a dépassé les 88 euros la semaine dernière, un niveau atteint une seule fois il y a trois ans et demi, au plus fort du choc pétrolier.

La baisse du cours de l'euro face au dollar et le maintien, malgré le ralentissement économique mondial, de cours élevés du brut « vont se conjuguer en un baiser de la mort pour la demande européenne de pétrole, mais aussi pour la consommation européenne en général, (…) pile au moment où les mesures d'austérité vont entrer en vigueur », prophétise le cabinet d'analyse suisse Petromatrix, cité par le site du Financial Times.

Les cours du Brent sont suspendus au-delà des 110 dollars, mais restent encore loin des 140 dollars franchis au milieu de l'année 2008. « La zone euro se retrouve complètement découplée du reste du monde en terme de coûts de l'énergie », constate Izabella Kaminska, du Financial Times.

En 2011, la facture pétrolière de l'Union européenne s'est élevée à 402 milliards de dollars, contre 280 milliards en 2010. Une envolée qui doit beaucoup au fléchissement de l'euro face au dollar. 402 milliards de dollars (315 milliards d'euros), c'est presque le montant de la dette publique grecque.

Le pdg de Total, Christophe de Margerie, a prévenu l'an dernier qu'il est « inéluctable » que le prix du litre de "super" atteigne 2 euros. « La vraie question, c’est : quand ? Il faut espérer que cela n’arrive pas trop vite, sinon les conséquences seront dramatiques », déclarait-il au Parisien. Au moment de son interview, en avril 2011, le prix du Super 95 était de 1,53 euros le litre. Il frôle aujourd'hui les 1,60 euros en moyenne.

D'après l'économiste en chef de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), Fatih Birol, les hauts prix de l'énergie, « s'ils perdurent dans les prochains mois, pourraient facilement étrangler toute reprise économique ».

L'Union européenne dépassera les Etats-Unis au premier rang des importateurs de brut en 2015, et sera à son tour dépassée par la Chine en 2020, pronostique l'AIE. Cela « placera l'Union européenne et la Chine en première ligne sur le front de la sécurité énergétique », souligne Fatih Birol.

En attendant, le raffineur suisse Petroplus, en état de quasi-faillite, est loin d'être le seul aujourd'hui menacé en Europe par la réduction des marges, observe Olivier Jacob, de Petromatrix.

[Dans un tel contexte, l'intention exprimée par les pays européens d'imposer un embargo sur le pétrole iranien apparaît téméraire (sinon « gesticulatoire »). En cas d'éventuelles nouvelles sanctions occidentales contre son programme nucléaire, Téhéran menace de bloquer le détroit d'Hormuz, par lequel transite un cinquième de la production mondiale de brut. Sans envisager une telle extrémité, la contrainte du coût du pétrole semble devoir à elle seule conduire dans l'impasse la stratégie de l'Union européenne face à l'Iran.

Les sanctions adoptées par les Etats-Unis contre la banque centrale iranienne promettent, elles, d'être efficaces : elles touchent la capacité de l'Iran à se faire payer ses exportations de brut en dollars.

Ces sanctions sont capables d'entraîner vers un point encore plus incertain la partie de "même pas cap'" que se jouent l'Iran et les Etats-Unis, engagés (comme la France) dans une année électorale. Le pat n'est pas certain. De mauvaises surprises promettent de survenir, là aussi.]

 

Matthieu Auzaneau
10 janvier 2012

Source : Le Monde.fr
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OIL MAN, chronique du début de la fin du pétrole

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